Les microphones à tubes de Marc Henry

15 mai 2019

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Pour cette séquence de reprise, la république du son vous propose une immersion singulière au cœur de la reproduction sonore, cette semaine nous allons nous intéresser à l’un des tout premiers maillons de la chaîne : la captation,  rencontre avec Marc Henry et celles de ses microphones … à tubes ! C’est dans l’agglomération de Rennes que je retrouve Marc Henry qui m’a donné rendez-vous dans le studio d’enregistrement du bas village où nous sommes reçus par l’ingénieur du son et propriétaire des lieux, Marlon Soufflet. Le poste de monitoring est équipé par d’immenses enceintes à pavillons, L’occasion d’une écoute singulière dans un lieu où précisément il est question de reproduction, mais aussi de captation sonore, c’est aussi ici que démarre notre longue conversation.

Passionné depuis son tout jeune âge par la reproduction sonore et d’électronique, Marc Henry ne doit pas voir plus de 12 ou 13 ans lorsqu’il démonte son premier gramophone. Même s’il ne possède pas  à proprement parler d’une formation spécialisée dans le domaine de l’électro-acoustique, son premier métier d’automaticien lui permet de développer au fil des années un sens aigu de l’observation et un goût prononcé pour la « chose » technique.

Son premier « compagnonnage » avec la reproduction sonore commencera en réalité avec la conception d’enceintes à pavillon, mais nous y reviendrons à la fin de cet article. C’est un peu par hasard en 2008 qu’il accepte de dépanner un ami musicien dont le micro vient de tomber en panne. Il s’agit d’un microphone Neuman U87 (un microphone standard tarifé plus de 2000 €). Au démontage, il est tout même assez surpris et très déçu par la qualité très relative de certains composants.

Ainsi Marc Henry ne va se contenter de réparer ledit microphone, mais il va en secret procéder au remplacement de certains composants de meilleure qualité. Son ami ne tarde pas à le rappeler pour lui annoncer sa totale stupéfaction et l’énorme bond en avant qualitatif de son microphone. Cette expérience qui a été sans doute le point de départ de son activité liée avec l’atelier du microphone.

Neumann U397 modèle vintage rare réservé uniquement à l’ORTF !

Comment ca marche un microphone ?

Pour faire simple, on pourrait commencer à expliquer que le principe de captation sonore est comparable à celui d’une enceinte dans la mesure où son fonctionnement est totalement inversé. Un haut – parleur transforme le courant électrique reçu d’un amplificateur en son alors qu’un microphone transforme le son capté en courant électrique.

Il s’agit de capter des ondes et de transformer cette pression acoustique en un mouvement mécanique puis en courant électrique. A l’extrémité du microphone, nous avons donc une capsule qui comprend une membrane, cette dernière en bougeant provoque une variation de courant qui sera transformé en signal électrique. Il existe différents types de capsules qui ont toute leur spécificité, je m’intéresse essentiellement aux grandes membranes des capsules électrostatiques qui fonctionnent comme les enceintes de ce type.

L’autre partie du microphone est donc électronique et concerne l’indispensable pré amplification du signal, c’est l’autre partie qui va permettre de travailler singulièrement sur la qualité de la captation.

Le tube miniature 6S6B du Neumann M149 et utilisé à l’origine dans les missiles russes

 

Le dispositif de préamplication d’un microphone peut donc être à transistors ou à tubes ?

Absolument, comme pour le monde des amplis à tubes, les micros à tubes possèdent incontestablement une signature sonore incroyablement plus riche que celles des micros à transistors. La particularité est que tous les petits tubes utilisés proviennent d’ancien stock de neufs (appelés en anglais NOS : New Old Stock)  et qu’en réalité très peu de tubes peuvent être utilisés dans les micros. Les lampes qui étaient utilisées dans certains micros anciens mythiques (Neumann U47, Schoeps M221…) sont devenues très rares et hors de prix (jusqu’à 1000€ pour une AC701K voir 3000€ pour une VF14m). Aujourd’hui on utilise de plus en plus des tubes NOS Russes. Certains tubes miniatures conçus au départ pour les missiles sont magnifiques en usage audio, bon marché, et disponible en grande quantité. Leurs caractéristiques sont parfois stupéfiantes en terme de résistances aux vibrations (jusqu’à 500g !!) , ou en terme de bruit de fond ultra faible (parfois inférieur à un bon JFet !).

Dans le domaine des tubes de puissances à usage audiophile (on ne parle plus là de microphones !) il faut savoir que la  6C33 qu’on voit par exemple sur les amplis LAMM a été conçue pour voler à Mac 2 dans le circuit radar du Mig 25. L’usage de tubes dans un avion des années 70 pourrait faire sourire, mais en fait il s’agissait de se protéger des attaques “EMP” (impulsion électromagnétique) qui peuvent détruire les transistors à grande distance.

Cette microamplification à tubes a t-elle des particularités spécifiques ?

Les schémas de micro à tube sont souvent très simples, cependant il y a des défis très importants à relever pour éviter notamment les bruits de fond.  La gestion d’un signal d’impédance très élevée est sensible, la moindre trace de doigt sur une résistance ou sur un support de lampe peut se transformer en un court circuit plus ou moins partiel ayant pour conséquence une perte de qualité ou un bruit de fond.

Par ailleurs certaines lampes très silencieuses dans un étage d’entrée d’un ampli à tubes, peuvent avoir vraiment trop de souffle dans le montage d’un microphone. Il est aussi  indispensable que les alimentations soient à la fois bien régulées et très silencieuses, car les traces de buzz ou de ronfle infimes vont rendre le micro totalement inutilisable. La signature sonore des dispositifs de régulation qu’on peut utiliser est encore plus clairement audible que dans un préampli hifi.

Micro AKG vintage C12 tarifé entre 10 et 20 000 €

Je comprends l’importance de se préoccuper d’une captation de qualité, mais compte tenu des énormes moyens techniques disponibles aujourd’hui pourquoi ne pas privilégier le travail de mixage ?

Le rôle de l’ingénieur son de mix est bien évidemment très important et  il a c’est vrai une multitude d’outils à sa disposition pour retoucher les prises et travailler la matière sonore enregistrée. Mais concernant la captation, si celle-ci est de mauvaise qualité ou ne convient pas à ce que l’on recherche, il peut être très difficile voir impossible de retrouver par des artifices de mixage le résultat qu’on aurait obtenu si on avait eu le bon micro lors de la prise. C’est notamment vrai pour la captation d’une voix.

Autant les mesures d’une enceinte acoustique sont faciles à réaliser, comment fait-on aujourd’hui pour mesurer la performance ou juger de la qualité d’un microphone ?

Vous touchez là une vraie question et c’est un défi important. Dans le cas des micros statiques à grande membrane (ceux sur lesquels je préfère intervenir ), le travail ressemble beaucoup à celui d’une enceinte acoustique : il y a une partie mesure qui représente peut-être 20% du travail, les 80% restant se font en utilisant ma mémoire auditive et de nombreux tests croisés en écoutant ma propre voix. Exactement comme pour une enceinte acoustique, je ne connais pas d’instrument de mesure qui permette de choisir la résistance, le condensateur, ou le câble qui vont permettre d’obtenir l’équilibre souhaité.

Si je comprends bien, votre expérience vous permet aussi à postériori de modifier la signature sonore d’un microphone ?

Absolument, ce travail s’opère dans le cadre d’un dialogue avec l’utilisateur du micro en question, et oui il est réellement possible de faire des ajustements et des réglages. Je joue la plupart du temps sur les technologies de composants, dont les différences s’entendent très facilement dans un bon micro statique. Pour certains endroits critiques (liaison entre la lampe et le transformateur de sortie), j’utilise 6 technologies différentes de condensateur, qui peuvent complètement changer le “caractère” du micro : le bas médium plus ou moins rempli, un grave plus ou moins tendu, un aigu qui brille ou pas…

Dans cette recherche, on peut distinguer le “caractère” du micro (en gros, sa courbe de réponse, sa réponse en dynamique) de l’aspect “recherche de transparence et de naturel”. Dans certains cas on me demande de changer le caractère d’un micro, parfois d’en améliorer la transparence.

Mon travail se résume donc à réparer, à améliorer dans certains cas les performances des microphones, il s’agit parfois de restaurer aussi des microphones très anciens de grande valeur. Cette activité m’a amené aussi à concevoir et à fabriquer mes propres microphones.

Marc Henry évoque l’incontournable des micros : le U87


 

Quel est donc ce marché si particulier et combien coute un bon microphone de studio aujourd’hui ?

Aujourd’hui il y a une offre très importante avec notamment beaucoup de produits bon marché fabriqués en Asie. Mais chez les pros, les microphones  sont surtout allemands.

Un bon micro c’est plus qu’un outil de travail, l’ingénieur du son a souvent avec ses meilleurs micros un rapport proche de ce que peut ressentir un musicien pour son instrument. Comme en lutherie, des gros fabricants comme Neumann ou AKG fabriquent des “standards” avec lesquels tout le monde a l’habitude de travailler, qu’on trouve partout, et qu’on se doit d’avoir dans un studio.

Le Neumann U87 vendu à plus de 150 000 exemplaires en 50 ans coute environ 2500 € est un de ces “standard”, un robuste “couteau suisse” de la prise de son mais de mon point de vue pas forcément une référence en terme de qualité de son.

Plus on monte en gamme et plus le nombre de fabricants augmente ! en 5000 et 8 000 euros on peut citer Brauner, WunderAudio, Wagner, Bock Audio, Soyuz…ou des artisans extrèment compétents comme Andreas Grosser ou le regretté Oliver Archut dont je reprends les idées dans mes propres micros.

Comme dans le domaine des produits hifi on trouve des produits de passionnés très performants et des produits assez quelconques qui sont parfois « habillés » en tenue de soirée ! Pour certains authentiques micros vintage rares, les prix peuvent encore aller au delà, on a vu récemment un Neumann à lampe M49 à 30 000 dollars.

Sytème à pavillons KornHent au studio du bas village à Rennes

 

L’atelier du microphone est aussi le lieu de création des enceintes à pavillon ?

Tout à fait et c’est même une histoire antérieure à celles des microphones, c’est à la maison de l’audiophile dans les années 90 que j’ai découvert et entendu pour la première fois des enceintes à pavillons. Un système qui faut il le rappeler, qui est composé d’un grand pavillon de grave et de deux pavillons médiums et aigus. J’ai travaillé sur ce concept pendant une dizaine d’années qui a notamment donné lieu au projet de la grande Castine, un projet qui malheureusement a dû être remis dans ses cartons, mais qui renaît aujourd’hui en quelque sort avec un nouveau système à pavillon : KornHent , qui signifie en breton « la voie du pavillon »

Qu’est-ce qui vous a le plus séduit dans ces enceintes à pavillon et peut-on y faire un rapprochement quelconque avec votre approche appliquée aux microphones ?

Absolument, car comme beaucoup de passionnés, les enceintes à pavillons proposent un réalisme époustouflant et offrent à l’auditeur une écoute de la musique réellement différente et très naturelle. Cette recherche d’une émotion naturelle m’a conduit aussi à préférer des microphones à tubes pour la richesse harmonique que ces appareils offrent. Ma démarche consiste donc à être totalement cohérent aux deux extrémités de la chaîne, car ce sont incontestablement les plus déterminants : les microphones pour la captation et les enceintes pour l’ultime restitution finale.

 

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  • Le système d’enceintes à pavillon (avec subwoofer) Khorent est proposé sur commande à un tarif d’appel à 10.000€ ,
    le délai de livraison est d’environ de deux mois
  • Un système d’amplification  avec un ampli de puissance en classe D + préampli à tubes est en cours de finalisation

 

 

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