Grand cru analogique

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Paris, Théâtre du châtelet, mardi 15 novembre 2016. Une soirée privée organisée par Devialet. L’évènement se déroule dans le foyer du théâtre, dorures au plafond, un grand rideau de velours est fermé, je prends place parmi les deux-cents convives. « The Lost recordings – le dernier concert de la Divine – Sarah Vaughan » le carton d’invitation entretien le suspens, ma double passion pour le beau son et  le jazz maintiennent ma curiosité en éveil. Vous pourrez  écouter en exclusivité trois inédits de Sarah Vaughan (voir en fin d’article)

La soirée est animée par Quentin Sannié, cofondateur et Directeur général de Devialet et Frédéric D’Oria Nicolas, pianiste concertiste et fondateur du label Fondamenta (dont j’ai déjà parlé dans ce blog). Fondamenta et Devialet ont en effet décidé de réunir leurs coeur de métier respectifs autour du projet commun de faire revivre des enregistrements oubliés dans un format vinyle.

A la recherche d’enregistrements oubliés

Depuis plus de quinze ans Frédéric D’Oria Nicolas est aussi passionné par le son et la haute fidélité, une exigence de haut niveau que l’on retrouve dans la qualité des albums du label fondamenta. Depuis quelques années, il s’intéresse également à la recherche et la restauration d’enregistrements oubliés. Un très long travail de recherche qui pourrait se comparer à celui d’un archéologue l’a amené à faire la découverte d’enregistrements jamais édités. « Ce travail été colossal et il nous fallut beaucoup de temps et de patience, nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer des personnes qui nous ont permis grâce à leur mémoire de retrouver la trace de concerts enregistrés, mais jamais publiés ».

Frédéric D’oria Nicolas et son équipe sont partis en quête de ces enregistrements oubliés dans l’immensité des centres d’archives de nombreux pays. Il se souvient « vous entrez dans de vastes salles d’archives où sont stockées des centaines de bandes magnétiques et dont le répertoire est parfois très aléatoire, il a fallu parfois tenter de déchiffrer des petites fiches cartonnées écrites à la main ». Si l’accès à ces centres d’archives a été assez facile, il eut été en revanche inimaginable d’obtenir les autorisations pour extraire ces archives de leur lieu de conservation et c’est à ce moment précis que la technologie Devialet va entrer en jeu.

Le procédé Phoenix Mastering 

Cette chasse au trésor et la captation de ces perles a pu se concrétiser grâce au procédé Phoenix Mastering® mis au point par Fondamenta qui consiste à la restauration des supports analogiques, la lecture des sources, la conversion du signal analogique en numérique confiée au Devialet Expert 250 et le traitement du signal grâce à de puissants algorithmes. Le Devialet expert 250 étant un appareil relativement transportable, va accompagner notre équipe de « chercheurs » afin de pouvoir convertir d’éventuels enregistrements rares sur place là où ils se trouvent. Fondamenta utilisera par la suite son savoir faire et son expertise pour le long travail de remastering et de pressage.

La soirée se déroule entre les interventions de nos deux intervenants et de courtes séquences vidéos, jusqu’au levé de rideau qui laisse entrevoir un système de huit Devialet expert 220 pro, de la toute dernière platine Pierre Riffaud « Versailles » (dont j’avais eu la chance de faire une écoute et un article) et d’une paire d’enceintes B&W Nautilus.

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Une laque, un moment unique, un objet d’exception

Il s’agit donc de faire écouter en exclusivité quelques extraits rares d’un enregistrement de Sarah Vaughan totalement inédits. Une écoute doublement unique par la rareté de l’enregistrement et par son support exceptionnel : une laque, le meilleur support analogique qui soit , une sorte de support ultime qui serait en quelque sorte le master de tous les masters.

La laque est en effet un disque d’aluminium d’une seule face revêtu de laque cellulosique, cet objet unique est utilisé dans le processus de fabrication de vinyles pour créer les matrices de pressage. Grâce à ses propriétés physiques, il est possible d’y graver tous les détails les plus fins et les textures les plus riches d’un enregistrement. Mais compte tenu de son extrême fragilité, la laque se dégrade considérablement après la première écoute et sa fonction est destinée avant tout à la création des matrices mères.

A la manière d’un très grand vin, l’écoute d’une laque est un moment rare et unique qui ne se reproduit pas, une sorte de dégustation d’un grand cru analogique. En effet, le premier passage du stylus d’une cellule vinyle sur la laque va considérablement altérer sa qualité compte tenu du caractère très tendre de la matière de la laque. Si un deuxième passage est techniquement possible, son écoute sera considérablement dégradée par des pertes d’informations notamment dues à l’altération de la matière.img_1689Des écoutes émotionnelles

Le rideau s’ouvre, le bras de la platine Pierre Riffaud se pose sur une laque rare et la voix de Sarah Vaughan nous replonge au cœur de l’été 1975 aux Pays-Bas pendant le festival de Laren. Le temps se suspend, l’auditoire est saisit l’instant unique,  la voix de Sarah Vaughan se pose dans la salle avec une présence rare, la salle applaudi à la fin de cette première écoute. L’histoire nous apprendra que c’est ici au théâtre du Châtelet que la chanteuse a donné son dernier concert parisien le 4 novembre 1985. Un peu plus tard, nous écoutons un autre inédit du pianiste Bill Evans en 1968 dans les studios de la radio néerlandaise. Un extrait particulièrement émouvant et sensible, je retrouve ici l’extraordinaire capacité du pianiste à extraire avec une élégance inouïe l’âme d’un jazz des plus subtiles.

Devialet et Fondamenta ont réussi à faire entrer l’écoute de la musique dans une nouvelle ère en proposant à l’auditeur une expérience hors du temps qui a aussi le grand mérite de nous rappeler que la reproduction du caractère éphémère de la musique vivante lui offre une force émotionnelle incomparable.

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Ecoutez en exclusivité trois titres inédits de Sarah Vaughan ici

avec le code : FX4MQC7P

Avec l’aimable autorisation de Devialet

A paraître (très prochainement) :capture-decran-2016-11-17-a-15-52-36La collection Lost Recordings va proposer ces trois premiers albums vinyles avec un pressage limité à 900 exemplaires chacun, les laques seront limitées à 30 exemplaires, les tarifs n’ont pas encore été communiqués.