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Mesurer la « tendance vinyle » à la seule lecture des chiffres de vente de disques neufs est probablement un beau trompe l’oeil. J’ai mené l’enquête, recoupé des informations et des chiffres pour tenter de comprendre si le phénomène « vinyle »

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est le fruit d’un emballement médiatique ou d’une vraie tendance. J’ai aussi interrogé des professionnels qui, chacun à leur manière, sont aux avant postes : le co-fondateur de la première plateforme de vente de platines en France maplatine.com et le gérant d’un des plus grande place de marché de ventes de disques d’occasions CD&LP, un marché très dynamique que l’on a parfois tendance à oublier un peu vite.

Les ventes de vinyles neufs ? L’arbre qui cache la forêt

Concernant les ventes de vinyles neufs, le SNEP (Syndicat National de l’Industrie Phonographique) vient de livrer son bilan de l’année 2014 concernant les ventes de supports neufs. En France, 514.000 vinyles neufs ont été vendus l’an passé soit une augmentation 42 % par rapport à 2013 et deux fois plus qu’un y a deux ans (230.000 en 2012) mais les ventes de ce format ne représenteraient que 2,8% des ventes de supports. Le SNEP reconnaît par ailleurs ne pas prendre en compte la totalité des labels indépendants qui représentent des ventes importantes en vinyle. Le SNEP prétend couvrir 85 % de ces labels, mais selon des sources internes aux labels, ce chiffre serait très inférieur et donc la part des ventes largement sous-estimée. Chez nos voisins anglais,  le niveau des ventes de vinyles est encore plus impressionnant et a représenté 1.3 millions d’unités en 2014, un chiffre jamais atteint depuis 1995 (source British Phonographic Industry), la tendance est aussi clairement à la hausse en Allemagne. Aux Etats-Unis où plus de 9 millions de galettes noires ont été écoulées en 2014, la progression est importante par rapport à 2013 avec une hausse de 50 % (source Institut Nielsen).

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Mais si l’on veut observer cette tendance dans toute ses composantes il faut regarder ce qui se passe du coté du marché de l’occasion qui représente une part très importante des ventes de vinyles comme en témoigne quelques points de ventes indépendants contactés par téléphone. CD&LP est la plus importante place de marché en Europe spécialisée dans la vente de CD et vinyles d’occasion et propose 15 millions de Disques Vinyle et CD. Pour Xavier Brescia fondateur de la plateforme, « les chiffres sont sans appel : 87 % des ventes concernent les vinyles, contre seulement 11% pour les CD ». La plateforme Amazon revendiquerait quand à elle des ventes qui auraient multipliées par dix entre 2005 et 2012, elles auraient même augmenté de 745% sur les cinq dernières années ! Des ventes en occasion qui sont souvent motivées par le souhait de retrouver des enregistrements analogiques originaux, l’achat d’un vinyle neuf pressé à partir d’un master numérique n’a peu d’intérêt de mon point de vue sur le strict plan de la valeur ajoutée auditive. S’il est parfaitement impossible de quantifier les ventes de vinyles d’occasion en France et dans le monde, les quelques chiffres et tendances donnent le vertige et rendent effectivement les ventes de vinyles neufs assez dérisoires.

Les ventes de platines disques

maplatine.com est la première plateforme de vente de platines vinyles en France avec plus de 700 références et près de 2500 platines vendues l’an passé. Franck Thareault, co-fondateur de maplatine.com est donc assez bien placé pour observer le phénomène du coté du matériel. « Les ventes de platines ne font qu’augmenter année après année, après des taux de progression de 30% par an, il semblerait que l’on constate une accélération ces toutes dernières années. Le meilleur exemple est sans doute celui fourni par le leader du marché la maque Pro-ject qui a vendu plus de 150.000 unités l’an passé et 250.000 platines en seulement deux ans. »

Les quadras et les quinquas serait-ils devenus si nostalgiques ? Franck Thareault apporte quelques éléments qui démentent cette seule tendance : «  En ce qui concerne les motivations de nos clients, il y a en réalité plusieurs facteurs, nous avons beaucoup de jeunes utilisateurs qui découvre le support pour la première fois et qui sont totalement novices, d’autres qui éprouvent juste le besoin de réécouter les vinyles de leurs parents et puis il y a bien entendu tous ceux qui ont connu les vinyles avant les années 80 et qui souhaite le redécouvrir. »

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(Re)naissance d’une communauté vinyle ?

Ce « retour du vinyle » se traduit par une communauté d’utilisateurs toujours plus nombreuse comme le confirme les chiffres de vente de disques d’occasions et de matériel. L’importance de cette communauté est cependant difficile à quantifier, un nouvel utilisateur pouvant parfaitement échapper aux statistiques pour le peu qu’il investisse dans du matériel d’occasion pour profiter des vinyles de ses parents par exemple. Année après année, les chiffres des industries du disque en Europe et aux Etats-Unis confirment deux autres tendances : le développement de la musique dématérialisée et la chute des ventes de CD, un support qui pourrait bien à terme laisser sa place à la grande galette noire, objet autrement plus attachant, d’autant que la version numérique et dématérialisée du CD ne nécessite plus de s’embarrasser de ces galettes de plastique.

Belle cerise sur le gâteau pour les amoureux du son : ce retour en grâce peut s’avérer vraiment qualitatif à condition d’être peu attentif au matériel utilisé pour le peu qu’on prenne le temps d’associer une platine vinyle de bonne facture avec des éléments qualitatifs et cohérents. Le vinyle représente alors une alternative pertinente pour une écoute sédentaire, l’occasion aussi de retrouver l’authenticité et la saveur incomparable des enregistrements analogiques.

 

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