OVNI Acoustique

Leedh_Lua-1Il faut bien reconnaître que le premier contact avec les enceintes LEEDH est assez déconcertant, voir dérangeant, on se retrouve face à un objet dont l’esthétique ne fait référence à rien de connu dans le domaine de l’acoustique

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: de grandes tiges en fibre de carbone supportent à sa base et à son sommet des cylindres fuselés noir. Ces objets acoustiques non identifiés cachent cependant une approche résolument nouvelle de l’acoustique.

Ces enceintes très singulières sont le fruit de longs travaux de recherche de la société LEEDH, qui malgré une connotation anglo-saxonne, est en réalité est une entreprise bien française. LEEDH comme  Laboratoire d’Etudes Et Développements Holophoniques est une aventure qui commence en 1976 dont l’objet d’origine était de mettre sur le marché des produits directement issus de la recherche. Des travaux qui s’organisent autour de la passion d’un homme : Gilles Milot, passionné de musique et de reproduction sonore, l’homme est d’abord un scientifique et un chercheur de formation. Après des études supérieures en électromagnétisme et de nombreux travaux de recherche qui l’ont conduit notamment à collaborer avec le CNRS dans les années 1970, il va réussir à marier passion et compétences avec la conception de premiers produits dans les années 1980. Cet ingénieur est aussi une infatigable entrepreneur : il sera notamment le co-fondateur de la société Micromega puis Directeur de recherche pour la société Audax, célèbre fabriquant français de haut parleurs.

PAIRE LEEDHSes travaux l’amènent par la suite à concevoir une nouvelle génération de produits avec la volonté de réaliser un état des lieux complet du haut parleur traditionnel. Il fait le constat de plusieurs défauts de distorsions qui sont générés à la fois par la présence de matériaux ferromagnétiques dans le  haut parleur  (les niveaux de distorsion sont multipliés entre 10 et 100 du seul fait du fer dans le HP) et par la suspension traditionnelle de la membrane. Il décide donc de repartir de la feuille blanche et repenser totalement l’architecture du haut-parleur pour résoudre notamment ces problèmes de distorsion.

Ainsi Gilles Milot met au point deux innovations majeures et fondatrices de la dernière génération de produits LEEDH : le moteur sans fer et la suspension à joint ferrofluide. Grâce à un logiciel de simulation du champ magnétique, Gilles Milot réalise  un système de confinement du champ magnétique avec des aimants néodyme  (un système qui fait l’objet d’un premier brevet international en 2005). Le seul véritable problème ce type aimants c’est leur coût, un matériau notamment utilisé pour la conception des moteurs de véhicules électriques. Quand un moteur de Toyota Prius utilise un kilo d’aimants néodyme, chaque enceinte Leedh E en embarque près de 5 kg ! Le deuxième procédé consiste dans la mise au point d’une suspension à joint ferrofluide, la membrane à cône a été remplacée par un piston qui coulisse dans une bague en glissant sur de l’huile magnétique, un peu à la manière un piston de voiture qui coulisserait dans une chambre avec de l’huile comme dans un moteur. « Nous reconnaissons que le coût des aimants néodyme rend nos produits chers, mais notre technologie reste extraordinairement efficace, par exemple des taux de distorsion dans le médium sont divisés par quinze par rapport à des haut-parleurs traditionnels . » précise Gilles Milot.

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Chaque haut parleur n’ayant besoin d’un volume que de 0,3 litres, le volume d’un caisson est devenu totalement obsolète, les enceintes LEEDH C et E utilisent cinq petits haut parleurs (avec des membranes de 54 mm de diamètre) qui sont embarqués en doublon sur deux « cylindres »  et sur un seul orienté de face. ” Travailler avec des petits haut-parleurs nous a permis de jongler avec la directivité, j’ai donc fait mon travail d’acousticien afin d’obtenir le résultat le plus omniredtionnel possible. Au final, nos enceintes sont très faciles à installer et c’est l’un des objectifs de Leedh : proposer un produit très haut de gamme mais facilement utilisable, y compris sur le plan esthétique où je connais quelques clients dont les femmes ne sont pas mécontentes d’avoir changé leurs énormes enceintes à pavillon par des enceintes Leedh.” rappelle Gilles Milot.

Au final, trois brevets internationaux ont été déposés, de nombreux prix ont récompensé les travaux d’innovation, le travail de design a été salué par le prestigieux prix « Janus 2011 » de l’industrie. Les produits LEEDH ont déjà rencontré un certain succès avec une centaine de paires vendues en un peu plus de deux ans. Mais la société LEEDH a aussi un avantage concurrentiel : celui de pouvoir diversifier ses revenus avec la commercialisation de ses technologies propriétaires auprès de grandes marques d’enceintes acoustiques et de l’industrie automobile, des revenus qui permettent aussi poursuivre ses travaux de recherche.

Unknown

Ecoute

Cette semaine j’ai procédé à une nouvelle écoute des Leedh E2 dans des conditions domestiques pendant deux heures et voici mes impressions. La première chose qui frappe c’est bien entendu cette absence totale de directivité, les Leedh déploient une image sonore très réaliste qui place immédiatement l’auditeur au coeur du propos musical en dehors de tout confinement acoustique pourtant habituel dans d’un grand nombre d’enceintes y compris haut de gamme. J’ai apprecié la palette harmonique particulièrement riche, le grave est d’excellente tenue, il s’exprime avec justesse sans tomber dans un excès démonstratif, la définition des timbres est excellente, bien détaillée. Au final ces objets possèdent indiscutablement le don de servir la musique de façon particulièrement vivace et vivante. Ces Leedh sont également dotées d’une qualité plus rare : une certaine modestie, elles sauront très vite s’effacer pour embarquer l’auditeur dans de grands espaces, autant de qualités qui permettront au mélomane d’envisager l’inaccessible : réinventer sa propre relation à la musique.

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Materiel d’écoute associé : platine vinyle Creek – lecteur CD micromega – Bi amplification Revar

Disques écoutés : Ray Brown trio “live form New York to Tokyo”, Eric Clapton ‘Unplugged”, J.S. Bach “Brandenburgische Konzerte 4-5-6″ , Renaud Garcia Fons “Oriental Bass”, Claire Chevallier “Erik Satie” .

Tarifs : LEEDH E2 : 16.000 € la paire

  1. Bonjour Michel,

    Bravo pour vos différents articles qui apportent un éclairage sur la genèse des produits revus et qui rapportent de manière concise votre expérience acoustique… même s’il est parfois amusant d’essayer de reproduire l’émotion ressentie par le testeur lors de l’écoute d’une plage à la 58ème seconde 🙂

    Concernant ces enceintes surdouées, avez-vous eu l’occasion de les comparer avec les enceintes Vivid Audio Giya G43 ou German Physics des qui me semblent des rivales développées avec la même volonté de sortir des sentiers battus ?