ECM : trois lettres pour Edition of Contemporary Music, un label, un homme, une approche artistique visionnaire. Le célèbre label allemand est depuis peu disponible en streaming et je n’en reviens toujours pas … J’avais appris la nouvelle un peu en avant-première dans les locaux de Qobuz il y a une quinzaine de jours et depuis il est vrai que je revis pleinement l’expérience ECM avec de nombreux albums oubliés. Récit et quelques souvenirs.

Exposition dans les locaux d’ECM (Munich)

J’entretiens avec ce label une relation des plus particulières et ce depuis ma plus tendre enfance. Permettez-moi de partager quelques souvenirs “ECM” qui ont façonné ma passion pour le jazz, la musique et le son. Une expérience ? que dis-je ? une éducation ! qui a sans doute pleinement contribué à ce que je devienne quelques années plus tard, agent artistique au service du jazz et avoir ainsi le bonheur d’accompagner de grand artistes au gré des studios, des salles de concerts et des festivals. Remontons un instant le temps jusqu’à cet après midi de juin 1982. Lycée Lamartine, Mâcon (Saône et Loire), Il fait beau, très beau, plutôt que de rejoindre le cours de maths, je me dirige d’un pas assuré vers les quais de saône. La boutique m’est familière, très familière,  je la fréquente plusieurs fois par semaine. C’est l’un de mes repères favoris, un grand disquaire sur deux étages, au deuxième à gauche, le jazz avec des bacs réservés aux albums ECM. Ce jour là,  je vais passer tout l’après-midi en réalité à écouter le tout nouvel album de Pat Metheny ( et oui à l’époque les disquaires servaient surtout à ca ), j’ai l’oeil bienveillant du patron qui n’est pas débordé par les clients à cette heure-ci (et compte tenu du montant de mes économies que j’ai laissées ici ) . Je me souviens donc être tombé à la renverse à l’écoute de cet album ” Travels” , un album live chez ECM, le jeune guitariste que je suis reste fasciné par ce son de guitare et la modernité de cette musique.

Créé en 1969 par Manfred Eicher, contrebassiste au Philarmonique de Berlin et passionné de free jazz, le label ECM a produit environ 1500 albums depuis sa création avec depuis les années 80 une moyenne environ 50 albums par an . A partir de 1984 , le label étend ses explorations artistiques aux territoires classiques et contemporains avec “ECM NEW SERIES” . Le plus gros succès commercial du label restera l’album piano solo de Keith Jarrett ” The Köln Concert ” capté le 24 janvier 1975, avec plus de 3,5 millions d’albums vendus à ce jour, le pianiste Keith Jarrett ayant enregistré plus de cinquante albums pour le seul label allemand. Parmi les nombreuses “stars” du label on retrouve aussi Pat Metheny, Chick Corea, Jan Garbarek ou Paul Bley . Mais ECM, c’est d’abord une exigence artistique, de nombreux albums assez pointus ne rencontrent pas de succès commercial  avec parfois que quelques centaines exemplaires écoulés

Le streaming, oui mais …

Il était l’un des grands labels à faire encore de la résistance au streaming, un choix raisonné, mais pas exclusif selon ECM qui vient de publier un communiqué  minimaliste, mais pour le moins clair . Si le label allemand reconnait volontiers que le partage de son catalogue en streaming va constituer un bel outil d’exploration et que l’essentiel reste le partage de la musique, il insiste cependant sur le fait que sa préférence reste vers les supports physiques comme le CD et le vinyle, rappelant au passage que la signature artistique du label s’inscrit aussi dans la conception d’un objet dont l’esthétisme visuel est une partie intégrante de l’oeuvre.

L’histoire du label par Manfred Eicher, himself !

Le célèbre allemand a sans doute compris avec le temps que le streaming n’allait pas faire chuter ses ventes de supports physiques, mais peut être au contraire  les soutenir . Car à force d’enfermer les utilisateurs dans des boites et des usages, on oublie trop souvent qu’un grand nombre d’utilisateurs (dont votre serviteur fait parti) utilisent aussi les plateformes de streaming pour découvrir et écouter des albums avant d’en acheter les versions CD ou Vinyles !

En attendant, cette grande nouvelle offre un accès formidable à une immense partie du patrimoine discographique jazz, l’occasion de (re) découvrir la musique et le son ECM dont la formule  est plus que jamais d’actualité : ” ECM ? le plus beau son après le silence “.


%d blogueurs aiment cette page :