Depuis que j’ai écouté cet album pour la première fois il y a quelques mois, je n’ai cessé de le réécouter et cela fait longtemps que j’ai l’envie le partager avec vous tous, mais voilà les semaines passent à la vitesse des secondes et il faut savoir parfois arrêter la pendule pour rattraper le temps perdu. Voici donc une perle discographique entre jazz et chanson française, plutôt francophone puisqu’il s’agit d’un sublime hommage à Brel rendu par le chanteur belge David Linx : un bijou.

Brussels Jazz Orchestra

Si la scène jazz internationale est totalement saturée par les chanteuses toujours plus nombreuses dont les talents connaissent des fortunes diverses, force est de reconnaitre que le jazz vocal masculin est plutôt le parent pauvre. David Linx fait donc parti des rares chanteurs du jazz vocal européen et ce dernier occupe résolument une place à part. Il commence très jeune à faire de la musique, son père professeur d’harmonie et de trompette l’inscrit à des cours de solfège. Plus tard il apprendra la batterie, la flute et le piano. Puis, David se met à chanter, influencé par Ella Fitzgerald, il se découvre une voix à la tessiture assez haute et fait ses débuts sur scène à l’âge de 10 ans. Compositeur, parolier et chanteur atypique David Linx a enregistré une vingtaine d’albums. Même s’il est régulièrement invité dans le monde du jazz, il a multiplié les projets avec des artistes très divers comme Johnny Griffin, Natalie Dessay, The Count Basie Orchestra, Toots Thielemans, Paolo Fresu, Khalil Chahine, Richard Galliano, Michel Portal, Claude Nougaro, Mark Murphy, Maurane, Juliette pour n’en citer que quelques-uns.

Son dernier album “BREL” est sorti il y a un peu plus d’un an (juin 2016), David Linx est accompagné par le superbe Brussels Jazz Orchestra qui reprend une partie de l’œuvre du grand Jacques (Brel). Un pari d’autant plus osé et audacieux quand on connait la force des chansons originales de Brel. Installé à Paris depuis plus de 20 ans, David Linx parle de ce projet aussi en tant qu’exilé : « Quand il s’agit de Jacques Brel, la « belgitude » est souvent inexplicable et grandiose dans son universalité, de sorte que revisiter son œuvre s’impose parfois malgré nous…» et de citer enfin Brel lui-même pour évoquer ce projet ambitieux comme s’il s’agissait de «  rêver un impossible rêve ».

Le résultat est flamboyant et la relecture jazz est superbement réussie, car David Linx possède indéniablement une certaine stature artistique qui lui permet de mettre pleinement en valeur la force des textes de Brel. Cet album est aussi un très beau moment de jazz avec un orchestre qui sonne et qui swing avec grande classe et une belle élégance. L’enregistrement est exceptionnel , le label Jazz village a eu aussi la bonne idée de réaliser un enregistrement studio afin de nous faire profiter de tous les instruments et de se plonger au cœur de l’orchestre qui rappelons le est organisé comme une grande formation de jazz avec notamment ses sections de cuivres. Et puis il y a cette voix un brin soul, légèrement cassée, tendue et puissante. Ici,  elle est captée avec beaucoup de naturel, sans ajout de reverb. Un effet qui est devenu ces dernières années la maladie des enregistrements de jazz vocal sans doute pour compenser une absence de voix originale ou pire encore pour coller à cette sorte d’uniformisation vocale mondiale qui finit par ne vous faire plus distinguer qui que ce soit … Ici c’est tout le contraire, on adore ou on déteste, mais la voix du grand David Linx est bien là avec tout son grain, son identité et son originalité. Bien plus qu’un hommage, cette création propose une seconde vie à l’oeuvre du grand Jacques sous de flamboyantes couleurs jazz. Si vous avez apprécié cette voix singulière, je ne pourrai que vous conseiller l’écoute d’un autre très bel album de David Linx “up close” (label bleu – 2013) avec le pianiste et compositeur Diederik Wissels .


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