Crédit photo : © Elena Petrosyan

Un coup de cœur cette semaine pour le dernier album de Tigra Hamasyan « An Ancient Observer », un disque rare qui nous plonge au cœur des racines arméniennes du pianiste avec une force poétique hors du commun. Un opus comme une invitation à prendre le temps de vivre la musique comme une expérience essentielle.

Au risque de vous surprendre, l’extraordinaire développement de la diffusion de la musique nous empêche parfois de l’apprécier à sa juste valeur. Le flux incessant et vertigineux des nouveautés discographiques nous conduit souvent à une frustration avec cette périlleuse tentation de vouloir « tout » entendre. La musique dématérialisée a inventé malgré elle, la musique à la découpe et il faut bien reconnaitre que le facheux réflex du « zapping » y est grandement facilité.

Il faut donc parfois savoir se donner du temps, laisser définitivement sa journée derrière soi, s’assoir devant une belle paire d’enceintes ou chausser un bon casque pour enfin se laisser porter, s’intéresser à une œuvre discographique dont la puissance artistique impose aussi une exigence aussi de la part de l’auditeur.

Le dernier album de Tigran Hamasyan nous propose l’un de ces moments rares avec un voyage sensible et contemplatif. La plupart des titres de ce très bel album ont été inspirés par des thèmes traditionnels arméniens. Avec ce nouvel album solo, le pianiste nous propose une immersion poétique et solaire, un exceptionnel moment de musique hors du temps, les tonalités sont souvent nostalgiques et émouvantes. Ici le geste n’est jamais démonstratif, il est lent, souvent dépouillé comme pour nous permettre de prendre le temps d’apprécier cette douce mélopée. A noter le très beau livret et superbement illustré de magnifiques photos d’Elena Hamasyan.

Et puis, il y a la signature sonore presque boisée de ce piano avec un grain qui lui confère un caractère très acoustique un peu “vintage” des plus intéressant. Pour avoir mené ma petite enquête auprès des studios de Meudon où l’album a été enregistré, j’ai été stupéfait d’apprendre que le piano utilisé est en réalité un Steinway dont les reproductions sonores sont souvent standardisés avec une signature sonore “clinquante” et agressive. Il faut donc saluer le travail remarquable de toute l’équipe du studio et notamment celui de l’ingénieur du son Julien Bassères.

Nous avons tous des instants en mémoire qui marquent l’existence, cet « Ancien Observer » est un disque précieux comme un beau livre, qui à peine refermé, nous laisse encore pour quelques instants dans l’intimité nostlagique d’un monde qui nous manque déjà.

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