Je voudrai d’abord rassurer tous mes lecteurs : je n’ai aucun problème auditif ! Mais cette semaine je me suis rendu chez l’ORL pour une conversation passionnante pour explorer et mieux comprendre le tout dernier élément de cette grande chaine de reproduction sonore : nos oreilles ! Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur nos oreilles et notre audition sans jamais le demander … Interview avec le Dr Jean-marc Flamary, ORL.

Sommes-nous tous égaux devant l’audition ? Avons-nous tous les mêmes capacités auditives ? A l’exception des personnes qui présentent des pathologies ou qui ont subi un traumatisme, on peut en effet affirmer que globalement nous possédons à peu près tous les mêmes capacités d’audition.

Quels sont les conseils pour prendre soin de nos oreilles et les erreurs à éviter ? Le premier conseil d’évidence est de ne pas soumettre vos oreilles à un niveau sonore trop élevé, une pression acoustique trop forte risque d’endommager votre audition et ce de manière possiblement irréversible. Un autre danger se trouve dans de nombreuses armoires à pharmacie : le coton tige ! Son utilisation est absolument à proscrire car il ne sert à rien et peut au contraire être très néfaste et boucher totalement un conduit auditif ou perforer le tympan. Le coton tige a sans doute été inventé par un ORL qui n’avait peu de patients ! Il se trouve que notre oreille est un organe qui est doté d’un dispositif auto nettoyant qui génère de la cire qui va nettoyer le conduit auditif.

Comment est-il possible de contrôler son audition ? il y a t-il des outils valables sur internet ? Il existe en effet des sites internet ou des applications mobiles qui proposent des tests en ligne, mais ceux-ci ne doivent être considéré comme vaguement indicatifs car ils ne sont pas fiables, il est notamment impossible de savoir comment ces outils ont été étalonnés. Leur utilisation avec un simple haut parleur d’ordinateur ou avec tel ou tel type de casques peut considérablement fausser ces « résultats ». Dans le doute il faut impérativement aller consulter un ORL qui possède un équipement homologué et dont l’interprétation sera fiable et précise.

Quels sont les symptômes qui pourraient justifier une consultation ? Une consultation s’impose lorsque l’on s’aperçoit par exemple que pour un même programme de TV, vous êtes contraint de monter le volume ou lorsque votre entourage vous fait des remarques répétées … Toute présence de sifflements ou de bourdonnements (appelés communément acouphènes) nécessite impérativement de consulter, ces phénomènes touchent environ 10% de la population. Il est évident que les personnes exposées à un environnement bruyant dans leur travail et les musiciens en particulier doivent faire des contrôles réguliers. Ces professionnels sont en principe sensibilisés à leur santé auditive et bénéficient de mesures de prévention et de contrôle. 

À partir de quel niveau, l’écoute est elle réellement dangereuse et quels sont les risques ? On peut dire globalement qu’une écoute à plus de 90dB présente un risque, mais le caractère et la gravité traumatique dépend de la durée et sa fréquence d’exposition dans le temps. Les risques traumatiques les plus fréquents se traduisent par une capacité diminuée à entendre les fréquences les plus élevées (aigües), de possibles acouphènes ou une hyperacousie qui peut être gênante (voire douloureuse). Si vous êtes donc confrontés à un environnement bruyant et contraignant, il est impératif de se protéger avec des bouchons d’oreille par exemple.

L’écoute de la musique au casque est-elle un facteur de risque plus élevé ? L’écoute au casque ne représente pas un danger particulier mais les oreillettes intra auriculaire du fait de leur introduction dans le creux du conduit auditif sans utiliser le pavillon de l’oreille peuvent présenter un risque supplémentaire. Ce qui est important c’est le niveau de pression acoustique à l’entrée de l’oreille qu’il soit  produit à 3 cm ou qu’il provienne de plus loin ne change rien ! Il faut cependant rappeler que les casques fermés et les oreillettes intra auriculaire qui isolent de l’environnement extérieur sont fortement à déconseillé en mobilité, car ce piéton « isolé » devient aussi très vulnérable et représente un facteur accidentogène très important.

4 jeunes sur 10 ont déjà ressenti des acouphènes

65% des 15-17 ans écoutent la musique sur leur
smartphone principalement avec des oreillettes

Source : enquête 2017, publié par la journée nationale de l’Audition

Est-il exact que notre audition baisse avec l’âge ? Il faut bien reconnaître que notre capacité auditive est à son meilleur niveau entre 10 et 15 ans. On constate dès l’âge de 20 ans, que notre capacité commence à baisser très sensiblement, notamment dans les fréquences les plus élevées. Ensuite, la presbyacousie apparait entre 50 et 60 ans, mais il est difficile de faire des généralités sur ce sujet, car nous ne sommes pas tous égaux, on constate cependant l’importance des phénomènes héréditaires, si l’un de vos parents a eu des problèmes auditifs après 50 ans, la probabilité de subir les mêmes problèmes est de facto plus importante.

Une personne appareillée peut-elle encore écouter de la musique ? Oui absolument, il existe aujourd’hui des prothèses de plus en plus performantes avec des modèles qui possèdent un réglage spécifique pour l’écoute de la musique. Cependant, l’écoute au casque n’est pas possible, car cela génère inévitablement des phénomènes de larsen avec les appareils auditifs.

Quels seraient donc vos conseils pour optimiser l’écoute de la musique ? Comme je l’ai déjà évoqué, la première chose est de respecter le niveau de dB, il existe de nombreuses applications pour transformer votre Smartphone en sonomètre pour mesurer le niveau de dB écouté. Même si ces applications ne sont pas toujours très précises, elles ont l’avantage de vous donner une indication intéressante. Il convient ensuite de lutter contre l’idée reçue qui consiste à croire que l’on entend mieux à volume plus élevé. Tant que vous écoutez à volume raisonnable, il n’y a franchement pas de contraintes. Pour le reste, c’est une question de bon sens, la fatigue ou la lassitude auditive se traduit par une difficulté à rester concentré et par votre compréhension auditive qui devient moins performante. La durée d’écoute « acceptable » de la musique est donc très variable d’une personne à l’autre, elle dépend en grande partie de votre « entrainement » et de vos multiples expériences d’écoute.

Lorsque l’on évoque l’écoute de la musique, beaucoup de personnes affirment « ne pas avoir d’oreille », cette affirmation a t-elle un sens selon vous ? Il est essentiel de distinguer la capacité auditive qui consiste à pouvoir entendre les fréquences à un niveau de dB donné et l’écoute musicale qui est du domaine de l’expérience et de l’émotion. Les notions « d’oreille » sont assez floues et font parties des idées reçues. L’oreille musicale concerne la pratique de la musique ou du chant, elle concerne notre capacité à reconnaître et à reproduire des hauteurs de notes. La seule curiosité concerne « l’oreille absolue » qui est une capacité à reconnaitre la fréquence de manière très précise et sans aucune référence préalable. Ce « don » reste d’un point de vue strictement médical inexpliqué et concerne à vrai dire très peu de personnes.

En ce qui concerne l’écoute de la musique et nos capacités à identifier des instruments, à reconnaître des timbres, apprécier une scène sonore etc … sont du domaine des compétences qui font l’objet d’un « apprentissage » personnel, un peu à la manière d’un muscle qu’il conviendrait de « travailler ». Plus l’auditeur va développer des expériences d’écoute, plus il va se constituer une sorte de « bibliothèque » de références qui lui serviront pour apprécier le rendu sonore de la musique.

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Pour aller plus loin :

Quelques applications gratuites pour mesurer
le niveau de dB à partir de votre smartphone
:

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