Le format des amplis casques a quelque peu évolué ces dernières années avec l’apparition et la généralisation d’appareils « tout-en-un » qui embarquent souvent un convertisseur. Cependant des appareils dédiés à la seule amplification casque (avec parfois une intéressante fonction de préampli) font de la résistance et je vous propose cette semaine de partir à la découverte de quatre machines atypiques. Deux préamplis en classe A (Sugden et Auralic) autour de 1800 € un appareil presque pro venu d’Allemagne (SPL Phonitor 2) à moins de 1500 € et deux longs blocs hongrois façon lego (Heed), deux appareils tarifés pour le plus cher aux alentours de 850€.

Sennheiser HD 800 : mon compagnon de jeu

Ces quatre appareils ont été connectés au DAC de l’OPPO HA1 via une connectique en XLR (ou RCA pour les appareils Heed). Cela m’a aussi permis au passage de comparer la sortie casque de l’Oppo avec celle de nos quatre amplis du jour. Pour écouter ces amplis (et parce qu’il faut bien choisir) j’ai utilisé un seul et même casque de ma belle panoplie du moment : le Sennheiser HD 800 pour sa signature particulièrement riche, équilibrée et musicale (mais j’y reviendrai dans un prochain article).

Avant d’aborder nos deux amplis en classe A, je vous propose un petit rappel sur cette classe d’amplification qui signifie que tous les composants et transistors sont constamment actifs en amplifiant la totalité du signal d’entrée (contrairement à la classe B qui n’amplifie qu’une partie du signal). Imaginez-vous un instant démarrer une voiture et que celle-ci vous propulse instantanément à plein régime et que son moteur tourne en permanence à ce régime de croisière. La classe A permet de limiter énormément les distorsions sur le signal de sortie et d’offrir donc une excellente définition de ce dernier en apportant une bonne réponse dynamique.

Sugden HA 4 Masterclass : Business class

Le Britannique Sugden est sans conteste l’un des spécialistes de la Classe A, un certain James Edward Sugden a précisément conçu le premier ampli de ce type dans les années 60. (voir mon article sur le délicieux Sugden A21SE ). À l’instar des autres électroniques de la marque, sa solide construction est des plus rassurante avec un châssis massif, mais compact, la fabrication est superbe et l’assemblage lui confère sa stature à la fois élégante et massive. On retrouve ici la très belle façade anodisée titane ou aluminium propre aux électroniques de la marque. On aurait cependant apprécié une double sortie casque en façade pour un appareil de ce tarif. Cet ampli va à l’essentiel en apportant une grande subtilité dans les timbres et la gestion de l’énergie est à la fois époustouflante, mais dosée avec subtilité. On passe ici dans une autre dimension acoustique. En comparaison directe avec la sortie casque notre ampli dac Oppo,  on perd la sècheresse pour gagner en rondeur et en profondeur, la définition des timbres est particulièrement précise. Sur le solo de piano de Paul Bley, les harmoniques sont plus belles et s’éternisent admirablement. Si la puissance et l’énergie sont certes perceptibles, ici le propos acoustique est subtilement charpenté et proposera à l’auditeur de longues écoutes sans fatigue aucune. Ici, c’est toute l’âme de la musique qui s’exprime, les textures des timbres et des voix sont indéniablement plus riches et plus subtiles. Cette expérience d’écoute nous renvoie par opposition à un monde  où d’une “relative brutalité numérique” avec la métaphore un peu caricaturale d’un  passage d’un gros son à un beau son .

Auralic Taurus : un propos subtilement vitaminé

L’ écoute suivante est des intéressantes, car elle concerne l’autre ampli classe A de cette sélection : l’ampli Auralic Taurus. On aurait pu apprécier un format et un boitier un peu standard. Ici Auralic propose un boitier assez “slim”, une sorte d’entre deux un peu bancal ni dans un demi-format compact habituel ni doté d’une vraie largeur standard. En revanche, la qualité de fabrication et d’assemblage ne soufre d’aucuns reproche, j’ai aussi apprécié contre le sélecteur de source en façade et la double sortie casque  jack et XLR. Comme pour son compétiteur britannique (Sugden) , on retrouve un propos à la fois précis et délicatement musical. Mais Auralic offre indéniablement un propos plus vitaminé, une petite surdose de « punch » lui apporte un caractère attachant indéniable. Sa capacité à libérer l’énergie est assez époustouflante et rend les écoutes vivantes et très ludiques ! Cet amplificateur va booster votre casque, avec une certain subtilité, un peu à la manière d’une main d’acier dans un gant de velours.

S.P.L Phonitor 2 : le jouet « pro »

A regarder la façade de cet ampli, on est immédiatement plongé dans le monde du studio pro et ce n’est nullement un hasard si on le retrouve cet dans de nombreuses consoles d’enregistrement. Après avoir fait le tour des fonctionnalités, il faudra faire une soigneuse lecture du mode d’emploi pour tenter de comprendre et d’apprivoiser toutes ses fonctions. . On appréciera aussi au passage les deux jolies vu – mètres un peu rétro dont l’éclairage variera du jaune rouge selon que l’on est en écoute casque ou en mode préampli. Même ce dernier est réglable à + 6 ou plus 12 dB. Parmi les nombreuses fonctions offertes, à noter les réglages de la balance , stéréo/mono, l’inversion de phase (qui permet d’écouter la voie gauche à droite  et réciproquement) une simulation “Loudness” ou une fonction de  latéralité permet de compenser des oreilles possiblement déséquilibrées. La fonction la plus intéressante concerne le réglage de l’angle d’écoute  qui permet d’ouvrir ou de fermer l’angle d’écoute comme lorsque vous orientez l’angle de vos enceintes vers l’intérieur ou l’extérieur. Pour le reste on retiendra une signature sonore d’une grande neutralité, le propos est ultra détaillé et sa capacité (outre ses nombreuses possibilités de réglages) à offrir une image scène sonore . Autant dire que c’est un très bon élève dans tous les domaines, de la rigueur au seul service du message musical de il faut noter que cet ampli conviendra aussi bien aux casques dynamique ou électrostatique.

Heed canalot et canamp : les briques musicales

Dans la famille « format original », je voudrai les deux fils ! Le fabricant hongrois propose ici deux barres allongées façon lego au format pour le moins inhabituel avec une façade carrée de facto minimaliste, mais on appréciera le témoin de sources et la double sortie jack. Le grand frère, le Canalot est fourni obligatoirement avec une brique complémentaire de même format qui n’est plus ni moins que son alimentation externe. Voilà une bien belle idée et une solution redoutablement efficace  pour éliminer les risques d’interférences avec les circuits audios. L’arrière du boitier est équipé d’une entrée et d’une sortie analogique RCA et une entrée spdif . Ce boitier étroit n’a cependant pas empêché les concepteurs hongrois de proposer une très intéressante évolutivité avec une carte Phono ou au choix une carte DAC qui peut y être installé, l’arrière étant déjà pré équipé d’une entrée USB. Des arguments d’autant plus convaincants quand on apprendra que ces cartes « maison » sont réalisés à la main par Heed « himself »et de surcroit proposée à des tarifs plus que raisonnables (Carte Phono MM : 150€ , carte DAC : 200€).L’approche acoustique est juste et le propos assez vivace, la musique respire dans toutes ses dimensions : dynamique, respect des timbres et clarté comme si on avait levé un voile. Ce Canalot possède une belle capacité à révéler les subtilités les plus cachées. Certains titres pourtant écoutés des centaines fois savent vous suspendre contre toute attente avec cette capacité rare à vous faire redécouvrir des territoires musicaux pourtant bien connus. Une réelle capacité émotive comme une renaissance avec un sentiment de réelle proximité. Le passage à la sortie de l’ampli Oppo (pourtant très honorable) rend les écoutes presque insipides. Autant dire que le rapport qualité/musique/tarif est ici juste inégalé pour un appareil des plus enthousiasmant. La très bonne nouvelle est que ce casque Canalot (avec son alimentation séparée) est le moins cher de cette sélection à 850 €, à l’exception du petit ampli casque Canamp aux prestations beaucoup plus modestes, mais qui ne démérite nullement compte tenu de son tarif très doux (430 €).

Comme ces expériences d’écoute le démontrent, le choix d’un ampli peut considérablement changer la donne et améliorer la signature acoustique de votre casque. Il s’agira aussi de se poser la question de ses possibles usages et de son environnement matériel. Si d’aventure vous faisiez le choix de compléter un système existant, peut-être vous laisserez vous tenter par l’un de ces appareils pour offrir à votre casque préféré un bien joli compagnon de jeu.

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Liens vers les fiches techniques :


 > Le prochain épisode de casques & compagnie #6 sera consacré à un match  sans concessions
entre deux beaux casques ouverts : le Focal Elear et le Sennheiser HD 800.

 

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