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La vie économique des entreprises de haute fidélité n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Cette semaine, j’ai eu le grand plaisir de rencontrer Yves-Bernard André, le concepteur historique des électroniques YBA et grande figure de la haute fidélité française. L’occasion de revenir sur les années mouvementées de la marque, mais aussi de faire des écoutes des électroniques de la gamme Héritage.

Yves-Bernard André est ingénieur-chercheur en électronique depuis plus de 40 ans, il mène notamment des travaux de recherche dans le domaine des lasers. Toujours partagé entre ses travaux de recherche et sa volonté de travailler à des solutions appliquées, il a collaboré à de nombreuses entreprises audio depuis le début des années 70, il a notamment créé avec Gilles Millot la société Leedh. En 1976, il rejoint l’Ecole polytechnique, une activité qui perdure jusqu’à aujourd’hui.

A la fin des années 70, il conçoit un amplificateur et un préamplificateur pour le compte d’un fabricant américain qui ne le paiera jamais et se mettra en faillite. C’est probablement cette collaboration malheureuse qui pousse l’entrepreneur à la création de sa propre société « YBA » en 1981. Une entreprise qui va se développer et connaitre un beau succès mérité jusqu’en 2005, où les circonstances de la vie ne tournent pas à la faveur de Yves-Bernard André qui se voit totalement dépossédé de sa propre entreprise.

Yves Bernard André

La société YBA dépourvue de son concepteur historique proposera pendant quelques années des produits dont la qualité n’aura plus rien à voir avec la solide réputation que la marque s’est bâtie depuis sa création. Puis l’entreprise YBA sera vendue en 2009 à Shanling, une entreprise chinoise avec laquelle YBA travaillait déjà depuis 20 ans pour les lignes « économiques ». Ironie de l’histoire, c’est en 2010 que les nouveaux propriétaires chinois feront appel à Yves-Bernard André pour tenter de reconstruire une gamme de qualité. Ce dernier pose ses conditions et deux années seront nécessaires pour voir renaitre la marque en 2012 avec ses qualités originelles et retrouver toute sa renommée internationale en 2014.

Yves-Bernard André se souvient : «  La première fois que j’ai rencontré le nouveau propriétaire chinois, j’ai été très clair et j’ai imposé un cahier de charges très strict sur l’origine de certains composants dont une très grande partie sont bel et bien d’origine française, ils sont ensuite sont expédiés en Chine pour l’assemblage. Il s’agit notamment des condensateurs, des connecteurs, de résistances, des fusibles, du fil de câblage et de transformateurs. Il a fallu aussi négocier afin de pouvoir bénéficier d’une ligne de montage propre à la marque et de temps afin de former un personnel dédié. Aujourd’hui le suivi de fabrication est très contrôlé et je réalise moi-même plusieurs voyages par an en Chine. »

Quelques uns des composants Made in France

Aujourd’hui, Yves-Bernard André est le concepteur exclusif des produits YBA, il réalise notamment les écoutes de chaque appareil de la gamme Signature (modèles haut de gamme). Pour la petite histoire, ses enfants possèdent 3 % des parts de la société YBA et il n’a aucun intéressement sur les ventes. Sur le possible retour en France de la production, Yves-Bernard André tient à mettre les choses au point : «  Shanling a effectivement le projet de relocaliser une petite unité de production en France pour les modèles haut de gamme. Mais compte tenu de mon statut et de mes souhaits, la mise en œuvre de cette décision n’est pas de ma responsabilité et prendra sans doute du temps. Pour le reste, j’ai bien entendu des regrets, car YBA a toujours été bénéficiaire et j’aurai bien entendu préféré voir grandir cette entreprise en France, mais c’est ainsi. Aujourd’hui, je suis particulièrement enthousiaste de voir le succès des nouvelles gammes de la marque. Je reste pour ma part concentré sur ce qui me passionne le plus : la conception et le développement d’appareils d’une qualité irréprochable. »

Depuis 2014, la marque YBA a retrouvé de belles couleurs comme en témoigne l’étendue de son réseau de distribution avec plus de 45 pays. Yves-Bernard André tient à conclure notre conversation sous la forme d’un questionnement intéressant quant à l’origine et le soin apporté à un produit : « est-il préférable de fabriquer en France avec des composants étrangers ou bien fabriquer à l’étranger avec des composants français ? ». La réponse n’est pas si simple et les circonstances ont amené YBA à répondre à cette question à sa manière avec un nouveau type de gouvernance économique : avec un concepteur français, une partie des composants d’origine tricolore, une unité de fabrication chinoise et une directrice des ventes basée en Australie !

Mes expériences d’écoute de la gamme Héritage

Au déballage la qualité esthétique des appareils est immédiatement perceptible. Les niveaux de finition et d’assemblage ne souffrent d’aucune critique, les matériaux utilisés et la qualité d’assemblage sont exemplaires. Les fonctionnalités en façade sont simples et très ergonomiques. La qualité des connectiques est remarquable, on appréciera ici le sens du détail avec aussi cette élégante télécommande en aluminium brossé noir qui sait piloter les trois appareils. Ma seule remarque concerne une curiosité sur le bouton d’alimentation qui n’est situé ni en façade ni à l’arrière de l’appareil, mais en dessous !

J’ai donc « vécu » un peu plus de deux semaines en compagnie d’un amplificateur intégré Héritage A100 (2x 100w) accompagné de son lecteur CD (D100) et du tout nouveau média streamer MP100. Ce tout nouvel appareil intègre un excellent convertisseur compatible DSD (doté de la dernière puce de conversion AKM) qui dispose d’une très large palette de connectiques, mais aussi sans fil (Bluetooth et wifi). Il ne lui manque que l’intégration d’un service comme Qobuz pour être parfaitement complet.

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Aux premières écoutes, je retrouve la signature historique YBA : un message musical doté d’une texture sonore particulièrement riche, un propos parfaitement équilibré entre dynamique et transparence. La puissance de l’amplificateur intégré est parfaitement maitrisée et les premières minutes suffisent à percevoir un sentiment de «force tranquille». Les heures passent, quelques disques rares succèdent aux morceaux choisis de ma playlist, les plages musicales respirent et mes habituelles enceintes Mulidine Allegretto semblent avoir trouvé ici de formidables compagnons de jeu. Je me souviendrai notamment comme un point de référence le la voix de Raquel Andueza (album In Paradiso) dont l’écoute a été totalement transcendée ici.

YBA est incontestablement redevenue une grande marque de référence, les appareils de la gamme 100 méritent absolument d’être écoutés, ils offrent pour cette gamme de tarifs, une expérience musicale particulièrement vivante et assez hors du commun. Ils présagent sans doute avec une certaine gourmandise ce que les gammes supérieures pourraient nous proposer…


 

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