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Photo : Jean-Baptiste Millot

Très beau coup de cœur pour le premier album du pianiste Armel Dupas « Upriver ». La découverte d’un artiste qui propose un univers singulier, une mélopée jazz relaxante d’une grande intensité émotionnelle. Un pianiste qui marque aussi sa différence par un intérêt exigeant pour la sonorité de son instrument.

C’est en rejoignant la classe jazz du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris qu’Armel Dupas fait rencontre de nombreux musiciens de sa génération avec lesquels il va entreprendre de nombreuses collaborations. Aux côtés de la chanteuse Sandra Nkaké il réalisera plus de 120 concerts autour du monde . Il créé aussi avec le batteur Corentin Rio, le duo électrojazz-groove «WaterBabies» (lauréat du Tremplin Rézzo Focal Jazz à Vienne). En 2014, parmi ses nombreuses collaborations, il rejoint notamment le quintet du contrebassiste Henri Texier «Sky Dancers ». Il y a quelques mois, j’ai donc découvert son tout premier album sous son nom « Upriver » sorti dans l’été 2015.

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La première chose qui frappe à l’écoute de ce disque c’est le son du piano, un son mat et parfois étouffé. Poussé par la curiosité sur cette sonorité si particulière, j’ai décroché mon téléphone pour joindre Armel Dupas. L’occasion aussi d’évoquer avec lui la genèse de ce projet et l’utilisation de sons électroniques.

« Ce piano est un piano droit polonais Legnica, c’est d’abord mon piano d’enfance sur lequel j’ai toujours joué, c’est moi qui l’ai « travaillé » et je suis très attaché au son particulier de cet instrument qui est un peu mon compagnon de route. C’est donc un choix à la fois affectif et raisonné parce qu’il apporte un son différent de tous les pianos de concert que l’on entend partout. Je déplore du reste ce son de piano uniformisé et aseptisé, je n’avais pas du tout envie d’avoir ce son de piano sur mon enregistrement. Pour tout vous dire, je préfère utiliser un piano droit plutôt qu’un piano à queue, je sais que mon choix va paraitre curieux pour nombre de pianistes, mais j’aime réellement cette proximité avec le cordier du piano, ce type de piano permet de plus l’utilisation d’une feutrine pour obtenir un son plus étouffé. »

Dans cet album, on perçoit un matériau sonore très riche en superposition du piano acoustique, comment s’est construit ce projet discographique ? avez-vous transporté votre piano en studio ?

« L’idée de départ n’était pas faire un disque de piano solo, car c’est un genre qui me lasse, au bout d’un moment je décroche et je m’ennuie. J’avais envie de rajouter quelques éléments sonores qui chatouillent l’oreille. Cet album est aussi le fruit d’une rencontre avec Mathieu Penot qui connait bien mon travail, les thèmes ont été composés depuis une dizaine d’années et l’idée était de lui fournir ma partie de piano pour qu’il puisse y ajouter ses ingrédients électroniques. Mathieu est donc venu faire les enregistrements de piano acoustique chez moi sur mon Legnica, à partir de cela, il a travaillé pour me proposer des arrangements avec sa partie, il s’est aussi occupé du mixage de l’album. J’aime assez utiliser la métaphore du cuisinier qui réalise de beaux plats à partir de mes ingrédients. »

Comme un grand film, cet album mérite d’y revenir plusieurs fois, l’immersion dans l’univers tranquille et coloré d’Armel Dupas nécessite sans doute quelques plongées successives. Je recommande aussi une écoute au casque pour déguster toute la richesse de ce matériau sonore électronique. Mélodiste attachant, il utilise une palette électro acoustique comme l’aboutissement d’un propos intelligemment relaxant. Le jeu du pianiste s’imprime avec tranquillité sur un paysage de matériaux sonores qui défile dans une extrême précision, le mixage est subtilement dosé.

Artiste figuratif et sensible, Armel Dupas fait partager son univers avec générosité et invite l’auditeur dans une forêt peuplée de bienveillance, possiblement nostalgique, tranquillement foisonnante qui fera éclore les belles fleurs de la curiosité. Si l’écoute de ce « Upriver » vous touche, la musique et la puissance mélodique d’Armel Dupas ne vous laissera pas indemne.

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  • Upriver (Jazz Village / Harmonia Lundi) – Août 2015
  • Armel Dupas (piano) – Chloé Cailleton (vocal) – Lisa Cat-Berro (saxophone alto) – Mathieu Penot (arrangements, électronique)

(*) Nicolas Bouvier « L’usage du monde » (Editions Payot)

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