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Sorti il y a quelques jours, le vingt quatrième album d’Alan Stivell est formidable à plus d’un titre, le célèbre harpiste breton nous offre ici un havre de paix poétique et zen.

Inventeur et précurseur de la pop celtique Alan Stivell est une légende vivante, il a parcouru le monde et vendu plusieurs millions d’albums, il a toujours été en avance sur son temps, ouvert sur le monde et sur l’époque. Parti prenant des courants folks des années 70, il a ouvert sa musique au rock avec des musiciens comme Dan Ar Braz, puis beaucoup plus récemment avec des musiciens de Word Music (comme Youssou N’Dour ou Khaled). AMzer est un album qui célèbre les cinquante ans de carrière du harpiste, un disque événement qui aurait pu marquer un parcours exceptionnel avec nostalgie. Le musicien continue au contraire d’aller de l’avant pour explorer sans relâche de nouveaux territoires affirmant la marque d’un infatigable curieux.

AMzer, en breton possède une double signification : le temps qu’il fait, le temps qui passe. Alan Stivell nous propose de traverser des tableaux habités par des ambiances et des espaces sonores et musicaux. Le musicien s’engage ici dans un propos volontairement poétique sous forme de saisons où il « convoque » des auteurs de poésie irlandaise, japonaise et bretonne, n’hésitant pas à reprendre le poème d’un jeune collégien de Quimper. Quand on l’interroge sur l’étonnante présence de textes japonais, il répond se définir comme “un citoyen du monde” lui permettant sans doute d’affirmer son identité bretonne en faisant le voeu “de faire découvrir et partager sa Bretagne d’une manière fraternelle.”

Alan Stivell revendique avec cet « AMzer » un besoin de paix et de zénitude, comme une nécessité pour se protéger d’un monde qui fait parfois preuve d’une extrême violence. Les passages de petits poèmes parlés dans quatre langues (breton, français, anglais et japonais) sont autant de sonorités vocales apaisantes qui s’intègrent avec naturel dans de riches paysages sonores habités par des bruissements électroniques ou des chants d’oiseaux.

La voix du grand Stivell ne semble pas avoir pris une ride, on retrouve immédiatement le son de cette harpe qui fait partie de notre patrimoine musical collectif, même si les premières notes de harpes jouées comme des accords de guitare surprennent quelque peu. L’album n’est pas véritablement construit en plages, celles-ci formant de longues séquences saisonnières. Il faut noter l’enregistrement très soigné d’un ensemble de sons, de textes et d’instruments probablement délicats à mixer, mais tous les éléments se détachent parfaitement dans de très belles scènes sonores. La réalisation artistique plonge délibérément l’auditeur dans un cocon acoustique enveloppant, ce parti pris offre une réelle proximité avec le son des instruments et une véritable immersion dans un bain musical et acoustique. Si vous ne disposez pas d’une image stéréo très précise sur votre système, je vous invite à écouter cet album au casque pour un moment de détente garanti si vous êtes sensibles à un univers un tant soit peu bretonnisant.

AMzer est une ode tantôt onirique, tantôt tribale qui propose aussi un voyage léger et bucolique de rive en rive. Au final, on retiendra le propos d’un homme engagé, généreux et profondément libre où chacun pourra interpréter et apprécier à sa façon ce conte musical paisible et relaxant. Un album qu’il faudra ranger soigneusement dans sa bibliothèque ou sa playlist, on saura le retrouver plus tard comme un nécessaire refuge intérieur, un bien bel endroit aussi pour regarder le temps qui passe sur nos vies.

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