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Les amateurs de jazz les plus attentifs ont probablement déjà repéré les enregistrements de La Buissonne, bien plus qu’un simple studio d’enregistrement, ce lieu est devenu au fil du temps une référence incontournable pour de très nombreux artistes musiciens. 

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Parmi les quelques disques que je serais contraint de choisir sur une île déserte, à coup sur l’album solo du pianiste Eric Watson (Sketches of Solitudes – 2002) enregistré aux studio de la Buissonne serait du voyage ! Eric Watson livre ici un propos intimiste d’une rare beauté, un monologue intérieur intense et universel qui renvoie l’auditeur au plus profond d’une intimité bouleversante, je ne me lasse jamais de cet album qui est une sorte de refuge intérieur. Parmi les très nombreuses “perles” enregistrées à la Buissonne, il faut citer par exemple le très bel album coïncidences du pianiste Stephan Oliva (dont j’avais déjà parlé dans ce blog) ou encore la voix tellement émouvante de Jean Louis Trintignant sur cet album de poèmes de Vian et Prévert.

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La Buissonne, c’est d’abord la démarche singulière d’un homme : Gérard de Haro, ingénieur du son et co-fondateur du lieu avec qui j’ai eu le plaisir de dialoguer cette semaine.

Quel parcours vous a conduit à devenir ingénieur du son ?

J’ai été formé en électronique par un BTS à une époque où les écoles de son n’existaient pas. Moi même, bassiste et contrebassiste, j’ai commencé à cette époque à réaliser les premières maquettes pour mon groupe. Par la suite, j’ai eu la chance de pouvoir travailler à Radio France quelques années, mais à cette époque, je continuais à m’occuper des enregistrements de mon propre groupe et de ceux d’amis musiciens, puis le bouche à oreille à fonctionné assez rapidement et de plus en plus de musiciens m’ont confié la prise de son de leurs albums. Ainsi, en 1987 avec trois amis associés, nous avons décidé de créer un studio (la Buissonne) pour en faire une activité à plein temps et je crois pouvoir dire que nous étions vraiment heureux de pouvoir transformer les rêves de musiciens qui repartaient ainsi avec un enregistrement sous le bras. 

Comment expliquez vous la renommé du studio et la reconnaissance de votre travail ?

Je ne suis pas certain d’être le mieux placé pour parler de cela, il faudrait demander aux musiciens qui me font confiance depuis tant d’années, je pense que l’on me reconnait une approche particulière de la dynamique et des timbres. Je pense que le bénéfice de l’expérience et le fait  de travailler dans le même lieu avec le même matériel depuis tant d’années jouent indéniablement en la faveur d’une certaine signature acoustique. C’est vrai que j’ai toujours eu pour habitude de procéder en tout premier lieu à une écoute attentive du son acoustique des instruments, une écoute qui permet ensuite de choisir les bons micros. Il faut savoir ensuite être particulièrement à l’écoute du jeu spécifique de chaque musicien car ceux ci ont parfois des demandes ou des besoins spécifiques, mon travail se réalise pleinement dans un dialogue très ouvert avec la musique et les artistes.

 Signature Studio Bis
Quel rapport avez-vous avec le matériel que vous utilisez ?

Les conditions dont je parlai sont des choix qui n’ont pas changé depuis la création du studio, nous travaillons avec une console 100% analogique et nous disposons d’un bon parc de micros avec entre autres des micros d’exceptions à lampes et à rubans. Pour nos écoutes, nous disposons d’un ampli McIntosh et d’une paire d’enceintes assez rare: des B&W Totem. Par ailleurs, nous avons aussi la chance de posséder un magnifique grand piano Steinway de concert qui est sublimement accordé par le même accordeur depuis des années (Alain Massonneau) , un instrument qui ravi je crois  tous les pianistes que nous accueillons. Je ne suis personnellement pas très porté sur la nécessité  de posséder absolument le matériel dernier cri. Je suis du reste un peu dérangé de voir que nombre de jeunes ingénieurs du son en formation ne sont à vrai dire surtout intéressés par le matériel, en oubliant presque l’essentiel : la musique et son émotion. Mais je considère que ces matériels ne sont que des outils au service de la musique et des musiciens. Le son est avant tout une matière vivante, complexe où rien de doit être laissé au hasard, pour offrir un beau son il faut aussi du coeur et tenter de comprendre  la générosité des artistes pour tenter de délivrer l’émotion de la musique.

“Making of ” du dernier album en trio d’Andy Emler

Comment est né le label “La Buissonne” ?

Notre studio est ouvert à toutes les musiques depuis plus de 25 ans et nous avons proposés nos compétences et notre expérience au service de la musique de nombreux artistes que ce soit dans la grande famille du jazz, de la chanson, de la musique classique ou contemporaine, nous avons aujourd’hui dépassé les mille albums enregistrés à la Buissonne. Le label est tout simplement né en 2003 du désir de pouvoir enregistrer et publier de réels coups de coeur, une démarche assez logique après avoir enregistré et servi les projets de nombreuses maisons de disque (ce que nous continuons à faire). Le label La Buissonne entend mettre en avant un propos esthétique et indépendant en dehors de toute approche commerciale. Actuellement nous sommes en train d’enregistrer le nouvel opus du violoncelliste Vincent Courtois “West” qui sort ce mois ci (distribué par Harmonia Mundi) à noter également le quartet de Bruno Angélini et le nouveau MegaOctet d’Andy Emler dont l’album “Obsession” sera publié à l’automne.

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