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Figure incontestée de la haute fidélité française Gérard Chrétien est un homme enthousiaste et disponible. Le Directeur Général de Focal m’a reçu lors de ma visite à Saint Etienne en décembre dernier. L’occasion d’évoquer l’épopée d’une marque, le développement industriel d’une entreprise et quelques de passionnantes perspectives d’avenir.

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Parmi la longue histoire de Focal depuis la fin des années 70, quelles sont selon-vous les étapes les plus signifiantes dans le développement de la marque ?

Comme tous les acteurs de la haute fidélité, nous avons de fait été fortement impactés par le développement de la mondialisation des échanges. Dans notre industrie du haut-parleur, dès la mi-90, il n’y avait déjà plus d’alternative pour acheter les composants hors de l’Asie. De là à acheter le haut-parleur complet il n’y avait qu’un pas que beaucoup on franchit pour leur début de gamme. Nous même avons essayé fin des années 90 pour nos gammes les plus abordables, mais avec de telles dispersions en qualité que nous ne pouvions nous en satisfaire. Nous avons décidé de repenser notre outil de production avec la chaine PMMC (Produire Mieux Moins Cher), mise en place en 2002, pour relocaliser et maitriser nos productions de HP pour enceintes d’entrée de gamme. Ce choix nous a permis d’acquérir une taille critique pour développer nos savoir-faire spécifiques et innover, en recrutant et formant des opérateurs très qualifiés. Évolutions que nous n’aurions pu obtenir en nous limitant aux seules productions de haut de gamme . Le Haut-Parleur est au cœur de la culture Focal.

L’autre étape marquante date de 2003 lorsque nous décidons de vraiment travailler sur le design, sans faire aucun compromis sur la qualité bien entendu. Un véritable défi pour l’époque, car il faut rappeler qu’avant cette date, les marques qui proposaient des produits design n’étaient pas toujours très respectées, la démarche était même suspecte. Les consommateurs d ‘alors pensaient que ces dépenses de design étaient au détriment de la qualité et de la technologie embarquée. Il a fallu lutter contre ce réflexe d’achat d’un  produit massif et laid, considéré à cette époque presque comme comme une garantie de qualité sonore !

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Aujourd’hui le marché a considérablement changé, quel regard portez-vous sur cette évolution ? le numérique va t-il concerner l’enceinte acoustique ?

C’est vrai, le ou plus exactement les marchés sont en pleine mutation et le cloisonnement historique des expertises entre les sources, l’électronique et les enceintes est en train de disparaitre. On assiste peu à peu à une intégration des électroniques dans les enceintes, sans parler également des enceintes connectées directement aux sources dématérialisées.

Il faut voir les choses en face, le marché du Home Audio en éléments séparés (dont les enceintes traditionnelles) a été divisé par trois en 10 ans, ce n’est pas un marché de croissance, même si cela reste notre coeur de métier, il ne faut pas se laisser enfermer. Focal se soit d’être très présent aussi bien sur ses produits Home Audio classiques mais aussi vers les univers multimédias, avec les enceintes pour ordinateur XS2.1 dont je suis particulièrement fier, ou sans fil comme les nouvelles Easya ou encore les nouveaux casques Spirit. Nous devons allez à la rencontre de nouveaux consommateurs.

Je pense que la révolution numérique que nous vivons depuis plusieurs années n’impactera pas, dans un avenir proche d’une petite dizaine d’années, le principe analogique du Haut Parleur et de l’enceinte acoustique tel que nous le connaissons. Cependant, à titre de veille, Focal travaille sur ce sujet avec des équipes de recherche sur le développement d’une enceinte 100 % numérique. Je suis convaincu qu’à terme ce projet aboutira, pour le moment, nous n’avons pas encore trouvé le moyen de relever un défi essentiel : reproduire les basses fréquences.

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Focal représente à la fois des produits très grand public et très haut de gamme, ne craignez vous pas que ce « grand écart » ne représente un risque en terme d’image pour la marque ?

Le grand écart dont vous parlez est pleinement revendiqué et je dirai même que c’est l’ADN de la marque, l’offre “car audio” par exemple est disponible chez Focal depuis 1990, aujourd’hui ce secteur représente aujourd’hui plus de 30 % de notre chiffre d’affaire. Focal a toujours pensé que son développement était intiment lié a de nouveaux produits, notre démarche est autant de consolider notre coeur de métier autour de l’enceinte traditionnelle que d’aller à la rencontre des nouveaux consommateurs et des nouveaux besoins. Si notre expertise acoustique nous autorise d’être un acteur qualitatif sur un segment, nous y allons. La seule règle au final c’est d’être honnête !

En ce qui concerne le développement stratégique de l’entreprise, la seule vraie question que Focal se pose au quotidien est celle de la taille critique de notre outil de production pour faire face à la concurrence sur les marchés, en restant compétitif tout en continuant à apporter une différenciation. Pour l’heure nous avons trouvé un équilibre avec un site de production optimal.  Ce point est crucial pour la santé et l’organisation de l’entreprise, je me souviens que notre forte croissance dans les années 90 nous obligeait à déménager le site de production tous les trois ans…

images-1Quelle serait votre propre définition de la signature sonore Focal ?

Ce que nous tentons de faire c’est une gamme de produits cohérente, il appartient bien sûr à chacun des utilisateurs de qualifier leur propre perception de ce qu’ils entendent. Personnellement, il y a un terme que j’aime bien pour qualifier notre signature sonore est ce lui de la matière sonore, nous offrons je pense une son qui a du corps, de la texture, le coté pulpeux et sensuel du son. De très nombreux professionnels s’accordent à qualifier cette approche avec une qualité de médium particulièrement riche et raffinée.

Notre parti pris est bien entendu celui de la neutralité avec un son sans coloration, pour le reste c’est une tradition et un savoir faire, il s’agit d’un subtil équilibre que l’on pourrait comparer à l’assemblage de cépages pour composer un vin ou d’extraits pour un parfum, dans le cadre d’une dimension sensorielle holistique.

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Pensez-vous que l’on puisse parler d’un « son français » ?

C’est une question intéressante mais difficile. Mais je dirais personnellement que la longue expérience de l’acoustique française s’illustre probablement dans le soin apporté à la zone du médium, des fréquences situées entre 2000 et 4000 Hz. Une approche naturelle qui est sans doute liée à notre culture mais aussi à la sonorité de notre langue qui est riche dans ce registre en comparaison avec la langue anglaise par exemple. D’une certaine façon, oui je pense que le « son de France » est un peu son de la langue française avec le charme que les étrangers nous envie !

Diriez-vous aujourd’hui que l’enceinte acoustique représente le maillon principal d’un système ?

Tous les éléments d’un système sont bien évidemment importants, mais je dirai simplement que l’enceinte acoustique est probablement le composant le plus compliqué et le plus sensible de la chaine de reproduction sonore.  A l’image d’un objectif photo qui, s’il est médiocre, limitera inexorablement la qualité de l’image, les millions de pixels de votre capteur n’y changeront rien. Mais l’enceinte acoustique est aussi le maillon le plus passionnant car c’est précisément elle qui nous connecte au monde réel.

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